
L’imaginaire : une porte ouverte sur le monde, pour les enfants comme pour les adultes
Et si rêver, inventer et imaginer n’était pas seulement une affaire d’enfants ?
Un dragon derrière un arbre, une forêt où les animaux parlent, une maison qui voyage dans les nuages… Quelques mots suffisent parfois aux enfants pour partir dans un autre monde.
Mais qu’en est-il des adultes ? Avons-nous simplement oublié de nous raconter des histoires ? L’imaginaire a-t-il encore une place dans nos vies, même lorsque nous avons grandi ?
Loin d’être réservé aux plus jeunes, il participe à notre façon de penser, d’apprendre, de créer et d’envisager de nouvelles possibilités.
Alors si nous lui faisions un peu plus de place au quotidien ? Et si nous en faisions un moment de partage en famille ?
L’imaginaire, bien plus que des histoires de princesses et de dragons
L’imagination est notre capacité à nous représenter quelque chose qui n’est pas directement présent devant nous.
Elle peut prendre différentes formes :
- Imaginer une situation qui pourrait se produire.
- Inventer une histoire ou un personnage.
- Se représenter un lieu que l’on n’a jamais visité.
- Trouver une solution différente à un problème.
- Imaginer ce que quelqu’un d’autre pourrait ressentir.
- Transformer un objet ordinaire en quelque chose d’extraordinaire.

Un carton devient un bateau, une couverture se transforme en cabane, une ombre prend l’apparence d’un monstre…
L’imaginaire ne consiste pas uniquement à inventer des choses fantastiques. Il nous permet aussi de faire des liens entre nos expériences, nos souvenirs et de nouvelles idées.
Une revue scientifique publiée en 2026 souligne notamment son rôle dans la construction de nouvelles idées et le processus créatif. Imaginer et créer sont liés, mais ne désignent pas exactement la même chose : l’imaginaire ouvre des possibilités ; la créativité permet de leur donner forme.
Pourquoi l’imaginaire est-il précieux pour les enfants ?

1. Explorer, expérimenter et apprendre autrement
Lorsqu’un enfant joue au marchand, au médecin ou à l’explorateur, il reproduit des situations qu’il connaît, mais peut aussi les transformer. Il invente des règles, imagine des solutions et expérimente différents scénarios.
L’imagination peut également accompagner les apprentissages. Une méta-analyse publiée en 2024, regroupant 21 études et 2 625 participants, a observé que se représenter mentalement les événements décrits dans un support d’apprentissage pouvait favoriser la mémorisation et la réutilisation des connaissances. Les résultats sont encourageants, même si les auteurs soulignent certaines limites méthodologiques. [2]
Imaginer peut donc aider à donner du sens à ce que l’on découvre, sans pour autant garantir à lui seul de meilleurs apprentissages.

2. Développer le langage et raconter ses propres histoires
Inventer une histoire, c’est trouver des personnages, relier des événements et expliquer ce qui se passe.
L’enfant enrichit ainsi son vocabulaire, organise ses idées, décrit des situations et apprend à écouter les propositions des autres.
Une histoire peut commencer très simplement :
« Il était une fois une citrouille qui avait peur du noir… »
Et se poursuivre à plusieurs, chacun ajoutant un personnage ou un événement.
Les recherches sur le jeu symbolique mettent en évidence des liens intéressants avec le langage, la narration et certaines compétences émotionnelles, sans toutefois affirmer que le jeu imaginaire est, à lui seul, responsable de tous ces progrès.
L’essentiel est de laisser à l’enfant l’occasion de raconter, de proposer et d’explorer.

3. Explorer les émotions et les relations
L’imaginaire offre parfois une manière détournée d'aborder des situations délicates.
Un petit renard qui n’ose pas entrer dans la forêt, un dragon qui ne trouve pas sa place ou un personnage qui a du mal à dire ce qu’il ressent : autant d’histoires qui peuvent ouvrir la discussion.
« Que pourrait faire le petit renard ? »
« Comment pourrait-on l’aider ? »
« Et si le dragon réagissait autrement ? »
L’enfant peut proposer des solutions, envisager différents points de vue et parler du courage, de la peur ou de l’amitié sans devoir raconter sa propre expérience.
Une méta-analyse publiée en 2024 relève une association positive entre le jeu de faire-semblant et certaines compétences sociales chez les jeunes enfants. Là encore, il s’agit d’un lien observé, et non d’une preuve que le jeu imaginaire suffit à développer ces compétences
L’imaginaire peut ainsi devenir un espace d’exploration, sans obliger l’enfant à parler de lui-même ni à trouver immédiatement une solution.
4. Envisager plusieurs possibilités
Et si la porte était fermée ? Pourrait-on passer par la fenêtre ? Si le dragon ne voulait pas être méchant, que pourrait-il faire à la place ?
Ces questions invitent l’enfant à sortir d’une seule manière de penser et à envisager différentes solutions.
Mais inutile de transformer chaque histoire en exercice éducatif : parfois, imaginer un dragon qui préfère les fleurs aux trésors suffit largement !
Et les adultes, ont-ils encore besoin d’imaginer ?

Bien sûr ! Nous utilisons notre imagination lorsque nous préparons un projet, envisageons un changement, cherchons une solution ou inventons une recette.
Elle intervient aussi dans la création artistique, la recherche et de nombreuses activités professionnelles.
Une étude de synthèse publiée en 2016 s’est intéressée aux liens entre le jeu imaginaire pendant l’enfance et la créativité à l’âge adulte. Elle relève des associations entre certains processus présents dans le jeu symbolique et différentes mesures de créativité. Les auteurs rappellent toutefois qu’il n’est pas établi que le jeu imaginaire, à lui seul, entraîne davantage de créativité à l’âge adulte.
L’imagination reste donc une ressource à tout âge. Elle nous permet notamment de nous projeter, d’envisager plusieurs scénarios et de prendre du recul face à une situation.
Et puis, il y a une raison toute simple de lui faire une place : le plaisir de créer, sans objectif particulier.
Inventer une histoire, dessiner un monde fantastique, transformer une promenade en aventure… Nous n’avons pas besoin de produire quelque chose d’utile, de beau ou de réussi. Nous pouvons simplement prendre le temps d’imaginer.
Quelques idées pour faire vivre l’imaginaire en famille
Pas besoin de matériel particulier ni d'une activité compliquée. L’imaginaire peut se glisser dans les moments ordinaires :
- En promenade : choisissez un arbre, une pierre ou une feuille et imaginez qui pourrait y vivre.
- Au coucher : inventez une histoire à plusieurs, chacun ajoutant une phrase.
- Avec un objet : une cuillère devient une baguette magique, un coussin une montagne, une boîte un vaisseau spatial.
- En dessinant : partez d’une forme simple et imaginez ce qu’elle pourrait devenir.
- En bougeant : comment se déplacerait un géant dans une forêt ou une feuille emportée par le vent ?
L’idée n’est pas d’ajouter une activité à un quotidien déjà bien rempli, mais de laisser une petite place à l’inattendu.
Et pour Halloween, voici une histoire à partager ensemble…

Trouille, la citrouille qui avait peur de son ombre
Une histoire à lire en famille (à partir de 3 ans environ)
Dans un petit jardin, au bord d’une forêt, vit une citrouille prénommée Trouille.
Elle aime écouter les oiseaux, regarder les nuages et sentir le vent faire danser les feuilles. Mais elle a un petit problème : elle a peur de son ombre.
Chaque soir, lorsque le soleil descend derrière les arbres, son ombre s’allonge sur le sol.
« Oh là là ! Qui est cette énorme citrouille derrière moi ? »
Elle se tourne. L’ombre se tourne aussi.
Elle avance. L’ombre avance aussi.
« C’est très étrange… Elle me suit partout ! »
Un soir, une petite chauve-souris se pose sur une branche.
« Bonjour, Trouille ! Pourquoi fais-tu cette drôle de tête ? »
« J’ai une ombre qui me suit. Elle est immense ! Je crois qu’elle veut me manger ! »
La chauve-souris regarde le sol et sourit.
« Mais non, Trouille ! C’est ton ombre. Regarde ! »
Elle déploie ses ailes. Son ombre apparaît sur le tronc d’un arbre et ressemble à un gigantesque dragon.
« Pourtant, je ne suis pas un dragon ! » s’amuse-t-elle.
« Et moi, je ne suis pas une énorme citrouille », répond Trouille en riant.
Soudain, le vent se lève. Les branches bougent et une grande ombre apparaît au milieu du jardin.
Trouille se met à trembler.
« Cette fois, ce n’est pas moi ! »
La chauve-souris observe attentivement. L’ombre a de grandes oreilles, un long nez et deux pattes gigantesques.
Elle s’approche et découvre une branche cassée, posée devant une vieille lanterne.
« Ah ! Je crois que j’ai compris ! »
Elle déplace la lanterne. L’ombre change de forme, s’étire, rapetisse puis disparaît.
« Ce n’est pas un monstre, expliqua-t-elle. C’est

simplement la lumière qui dessine des formes différentes. »
Trouille regarde la lanterne, puis son ombre. Soudain, elle a une idée.
« Et si nous inventions des monstres qui n’existent pas ? »
La chauve-souris sourit.
« Excellente idée ! »
Elles imaginent une ombre avec trois jambes, une autre avec des oreilles de lapin et une dernière avec un chapeau gigantesque.
Bientôt, tous les habitants de la forêt les rejoignent.
Le hérisson invente un monstre qui fait des bulles en forme de coeur. Le renard imagine un dragon qui éternue des confettis. La chouette dessine un fantôme qui a peur des tartes aux pommes.
Et Trouille invente un monstre qui adore les chatouilles.

Images générées par IA
Ce soir-là, les ombres dansent sur les arbres. Elles changent de forme, grandissent et rapetissent. Et personne ne pense qu'elles sont vraiment effrayantes.
Ainsi, une chose qui nous fait peur peut devenir, lorsqu'on apprend à la connaître, le début d’une belle aventure.
Trouille, elle, n’a plus peur de son ombre. Elle a même décidé de lui donner un nom : Monsieur Patatrouille !
Depuis ce jour, chaque soir d’Halloween, Trouille et ses amis inventent de nouvelles histoires.
Alors, si vous apercevez un jour une énorme ombre avec trois jambes, un chapeau et des oreilles de lapin… Ne vous inquiétez pas. C’est peut-être simplement Monsieur Patatrouille qui cherche quelqu’un pour jouer !
A vous d'imaginer !
Après l’histoire, prolongez le jeu en famille :
Si Praline pouvait se transformer, que deviendrait-elle ?
Quel monstre drôle pourrait habiter votre maison ?
À quoi ressemblerait son ombre ?
Quel serait son pouvoir magique ?
Et surtout… de quoi aurait-il peur, lui ?
Vous pouvez dessiner votre personnage, le mimer, lui donner un nom ou poursuivre l’histoire chacun votre tour. Vous pouvez aussi jouer à inventer votre monstre en faisant les ombres au mur avec vos mains.
Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. Laissez simplement les idées apparaître, même les plus surprenantes !

L’imaginaire n’est pas seulement un jeu d’enfant : il accompagne notre développement et continue de nourrir notre créativité à tout âge.
- Chez l’enfant, il aide à explorer le monde, enrichir le langage, exprimer ses émotions et envisager différentes possibilités.
- Chez l’adulte, il permet de se projeter, de trouver de nouvelles idées et de continuer à créer.
- En famille, les histoires, les jeux et les petites aventures imaginaires sont autant d’occasions de partager, d’échanger et de s’amuser ensemble.
Pas besoin de matériel ni de longues activités : une promenade, un objet détourné ou une histoire inventée à plusieurs peuvent suffire à faire naître tout un monde.
Laissons une place à l’imaginaire : il n’y a pas d’âge pour rêver, inventer et s’émerveiller !
Sources
[1] Lamb, K. N. & Puryear, J. S. (2026). Imagination and the creative process: a systematic review. Frontiers in Psychology, 17, 1686856. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2026.1686856
[2] Mguidich, H., Zoudji, B. & Khacharem, A. (2024). Does imagination enhance learning? A systematic review and meta-analysis. European Journal of Psychology of Education, 39, 1943–1978. https://doi.org/10.1007/s10212-023-00754-w
[3] Lillard, A. S. et al. (2013). The impact of pretend play on children's development: a review of the evidence. Psychological Bulletin, 139(1), 1–34. https://doi.org/10.1037/a0029321
[4] Smits-van der Nat, M. et al. (2024). The Value of Pretend Play for Social Competence in Early Childhood: A Meta-analysis. Educational Psychology Review, 36, 46. https://doi.org/10.1007/s10648-024-09884-z
[5] Russ, S. W. (2016). Pretend Play: Antecedent of Adult Creativity. New Directions for Child and Adolescent Development, 151, 21–32. https://doi.org/10.1002/cad.20154